Chroniqueuse invitée: Pour Karine Pilon, athlète professionnelle, la victoire avait un prix

10 Septembre 2016 | Anne-Marie Gobeil

Parce que ces lignes ne se veulent ni un « pétage de bretelles » ni un « flattage d’égo » ni une « recherche d’attention » mais bien un jet égoïstement libérateur. Une façon bien humble, avec le recul, de comprendre ce que voulait dire mon père tout jeune:

« Karine… l’ambition fait périr son maître »

Ahh oui? Mais comment est-ce possible papa? Toi qui répète sans cesse que TOUT ce qui mérite d’être fait, mérite d’être bien fait! Combien d’entre vous l’avez entendu? Moi elle a raisonné dans ma tête toute mon enfance, forgeant cette perfectionniste en devenir, brique par brique construit cette forteresse, ce mur de protection. Me protéger de quoi me direz-vous? Humm… je cherche toujours une réponse… une AUTRE réponse. Aurai-je dû me protéger de MOI-MÊME? J’ai froid dans le dos à y penser. Me voilà face à une réalité qui fait mal. Alors que je pensais bien faire, l’évidence est là! Trop c’est comme pas assez! Étant maître de nos choix, pilote de notre vie, qui d’autre que moi peu décider du vol que je veux entreprendre? Un coup à bord… On est parti!

Partie pour la gloire? Oufff!

Le 9 mars 2011 la « machine »  est née. Ce titre qu’on m’a amicalement donné. Pour ceux qui me connaisse ça rime bien, pour d’autre, vous jugerez. Je me rappelle des frissons qui s’emparent tranquillement à l’appel des positions. De la 5e à la 4e, à la 3e, l’excitation qui augmente… Nous ne sommes plus que deux! Vraiment? Je rêve? Ces secondes qui semblent éternelles. Oh! Comment l’expliquer? Sachez simplement que ce sentiment est indescriptible. Si vous avez l'occasion de le vivre, vous pourrez à votre tour tenter de trouver les mots pour le décrire, car croyez-moi, aucun mot n’est pour moi assez puissant… Le décompte continue...C'est alors, que je comprends que j'ai gagné, réalisant ce qui se passe au son des applaudissements. Applaudissements qui résonnent encore dans ma tête à ce jour.

Le choc. Particulièrement pour moi, la petite fille réservée, toujours en retrait, observatrice qui n'aurait jamais pensé me présenter sur une scène accoutrée uniquement d'un bikini. Faire des vagues? Oh non,  pas question! Ce n’est pas moi qui en faisais! Moins on me remarquait, mieux je me portais.

Alors pourquoi MOI? Selon mon tempérament introverti, c'était imprévisible. Une première place dans ma catégorie, le tout couronnée du titre de la grande-gagnante du concours. Si j’avais voulu passer inaperçue, j’avais manqué mon coup! Ce 9 mars 2011, j’ai tout raflé! Heureuse? Oh comment! Ce sentiment d’accomplissement, de valorisation, de travail acharné, discipline, persévérances… Venait de prendre tout son sens. Ces sueurs passées, ces douleurs, l’insomnie, le stress, les doutes et inquiétudes… Tout venait de s’effacer! Parce que je venais (MALHEUREUSEMENT) de gagner, tous les sacrifices semblaient maintenant JUSTIFIÉS!

 

Rien auparavant ne m’avait procuré ce sentiment si intense. Quand papa me répétait : « Karine… tout ce qui mérite d’être fait, mérite d’être bien fait », et bien voilà! La preuve était faite et placée directement sous tes yeux!

Papa était ému, en larmes dans la salle, rempli de fierté.

Tu vois papa? J’ai fait comme tu m’as montré, j’ai réussis! J’ai jamais baissé les bras, j’ai foncé et atteint mon but! Belle morale! Encore une fois, je répète, je venais de MALHEUREUSEMENT de gagner!

 

Comme si ce soir du 9 avril je recevais la confirmation que c’est là que j’étais BONNE!!! Ridicule non?

Sur quoi je m’appuyais pour dire ça?

 

Ben c’est simple: je tiens les trophées qui le prouvent, là, dans mes mains!
 

Ah ok!?! Et qui a jugé de ça? Ben… les juges! Ah ok! Et eux, ils sont qui? Euhh????

Bah, peu importe, c’est moi la meilleure! Et bien voilà la cascade fatale. À partir de ce moment, je me suis dit que j’étais bonne dans les compétitions. Voilà, on en resterait là. C’est là-dedans que j'excelle, moi! Autant "squeezer" un maximum des compétitions:

Rapidement, je passe et évite l’énumération,  mais compétition après compétition, d’une fédération à une autre (toute je crois!) les années ont passé. Totalisant une vingtaine de compétitions (21 si j’ai bien compté!) en 4 ans et demi et autant de trophées. De Figure à Fit Body, jusqu'à une expérience en Bodybuilding –question de vivre l’expérience- quelques statut Pro au passage...Bref, du plastique, du papier et de merveilleux souvenirs!

 

Impressionant, non? Humblement, oui… J'ai livré la marchandise!
 

...mais à quel prix?
 

Certes, j'ai "réussi"… Durant 5 ans, où je n’ai fait QUE ça, durant cinq ans, j'ai "réussi"!

Cinq ans durant lesquels chaque décision au quotidien a été consciemment prise en fonction d’une future présentation professionnelle sur scène. Prise dans cet engrenage, toujours en quête, affamée de retrouver ce sentiment d'accomplissement du 9 avril 2011, celui qui m’avait fait faussement croire que mon succès, mon SEUL succès à ce jour, se vivait via ma capacité à perdre beaucoup de gras et à prendre beaucoup de muscle. Ouchhh! Quelle illusion!


Un ami - devenu entraîneur- m’avait un jour dit: « Tu sais, dans la vie c’est correct de faire de la compétition; mais faudrait pas que tu fasses de ta vie une compétition..» Et bien tôt ou tard, j’ai bien dû me rendre à l’évidence que cette phrase lancée à tout hasard se voulait fort probablement un conseil. Tête dure que je suis, inutile de vous dire que ces mots n’ont pas été entendus! Plutôt « retenus » devrai-je dire! Parce qu’on les entend mais refuse de les écouter réellement...

On est fort, on est capable, on est pas des faible… Oh non! Moi, c'est Karine la « machine »!

La machine de qui? De quoi? De guerre? Ahhh ça oui! Ça l’a été dans ma tête croyez-moi!

Forcée de m’arrêter… Quel vide j’ai créé en moi! Extrémiste, intense, je peux me « vanter » me donner dans ce que j’entreprends mais avec le recul, je me rends compte qu'avec ces innombrables sacrifices, quel vie déséquilibrée c'était! Cela dit, d'un autre côté, quelles expériences j'ai vécu! J'ai professionnellement pratiquer ma passion! 

Je n'ai aucun regret, ni amertume! Le Fitness est un monde fascinant. Bien qu’un physique soit jugé, le travail venant de l’intérieur, l’invisible à l’œil nu est de grande envergure. Si on affirme l’alimentation la partie la plus importante, on en déduit aussi que le travail psychologique, cette force mentale, l’est probablement beaucoup plus. Quand la tête va, tout va!!!

Je n'accroche pas mes talons pour autant! Si je pouvais revenir en arrière, fort à parier que je reprendrais le même chemin. Je ferais certaines choses différemment, par contre.  Plutôt que de tout miser sur le fitness, j’aurai appris à être plus équilibrée et à placer mes œufs dans plusieurs paniers, lesquels j'ai, à tort, oublié au passage. Ce fut une EXPÉRIENCE DE VIE incroable, mais j’avoue m’être trompée sur un point; PASSION ne doit pas rimer avec DÉSÉQUILIBRE!

 

De la part d'une athlète ayant sprinté toute sa vie, fixé le fil d’arrivé tel un entonnoir, je me dis que je peux bien réapprendre à marcher prenant le temps d’admirer le paysage et même s’arrêter y cueillir une fleur sur son passage et en apprécier son parfum!

 

Si tu peux le rêver, tu peux le réaliser!

SIGNÉ
Karine Pilon,
Athlète Professionnelle & Commanditée, Ambassadrice, Experte Fitness


Anne-Marie Gobeil

Anne-Marie Gobeil

FONDATRICE - PRÉSIDENTE DIRECTRICE GÉNÉRALE - BLOGGEUSE - COACH BARBELLE

En gros, je suis Barbelle ! Ça y est, la glace est brisée. Je suis entraîneure de formation, athlète et blogueuse de passion. Mon objectif est de rassembler les femmes dans un mouvement qui les fait sentir fortes et confiantes. À bas les stéréotypes : changeons plutôt la définition du mot « fitness ».