Faire sa place dans un monde d'hommes - aka, le GYM

07 Avril 2017 | Anne-Marie Gobeil

C’est un peu sous l’emprise de la frustration et de l’injustice que j’écris cet article. Il m’est arrivé quelque chose qui m'a grandement dérangé il y a quelques semaines. 

Je suis kinésiologue dans un gym et un client vient me voir pour prendre rendez-vous pour sa consultation gratuite. 

Super ! Je lui trouve une place dans mon horaire. C’est alors qu’il me dit : 

« Ah, c’est avec toi la consultation? »

Oui. 

« Ok je pensais que je rencontrerai UN vrai entraîneur »

Je suis « Un vrai entraîneur », j’ai même mon Bac. en kinésiologie. 

« Ah ok, mais c’est parce que moi je veux prendre de la masse pis tout…j’ai vu 2 gars ici l’autre jour qui entraînaient du monde… »

…ok j’ai compris…il voulait un rendez-vous avec un GARS entraîneur. J’étais vraiment frustrée intérieurement. J’avais 2 options : soit lui dire ma façon de penser solide, soit lui donner ce qui veut, c'est-à-dire un rendez-vous avec un vrai entraîneur gars (tsé parce que les filles on ne peut pas entraîner les gars…surtout que je dois lever 3 x ses charges…bref)

J’ai donc été très sereine (même si à l’intérieur ça bouillait!!) et lui a cédulé un rendez-vous avec un de mes collègues masculins. De toute façon, il ne mérite même pas que je l’entraîne! Oui oui, je suis au-dessus de ça!

Reste que ça m'a fait réfléchir, car ce ne doit pas être le seul qui pense comme ça. Et ça, c’est triste en 2017. Ce qui m’a frappé aussi c’est que le gars était jeune. Moi qui pensais que les hommes de ma génération étaient féministes …et bien, je me trompe.

Voici le genre de problème que je peux avoir en tant qu’entraîneure, mais en tant qu’athlète, ce n’est pas bien mieux, et vous risquez malheureusement de vous reconnaitre dans mes futurs propos.

Les filles qui s’entraînent sont indubitablement jugées par les gars. Ces derniers ont tous une opinion par rapport aux filles qui s’entraînent.

Le problème n’est pas tant l’opinion en soi, mais la manifestation ouverte de celle-ci. Ils s’accordent le droit légitime de dire ouvertement aux filles ce qu’ils pensent de leur entraînement, de leur physique, de leur objectif. Mais pour vrai, t’es qui toi pour me dire tout ça !?!?!

Je ne suis plus capable des commentaires du genre : 

«  Ah ce sont des exercices de filles » 

« C’est pas beau une fille trop musclée »

«  Slack sur la musculation, tu vas ressembler à un homme » 

Premièrement, il n’y a pas « d’exercice de filles ». Les gars et les filles ont intérêt à travailler TOUS les groupes musculaires dans une optique de balance corporelle, de physique équilibré, de performance et de diminution du risque de blessure. Oui, messieurs, travaillez vos fessiers est de mise afin d’augmenter vos squats et vos deadlifts!

Deuxièmement, qui es-tu pour me dire que ce n’est pas beau une fille musclée. Es-tu toi même un top modèle international? Et ce n’est pas beau par rapport à quoi? À qui? Ah toi tu ne trouves pas ça « esthétiquement agréable ». OK, tu as le droit à tes gouts, moi je ne "trip" pas sur les gars pas en forme et je n’ai pas trouvé le moyen de glisser cela dans la conversation, alors pourquoi toi le fais-tu?

Troisièmement, pourquoi je cesserais quelque chose que j’aime et qui me fait sentir bien et confiante? De plus, une femme peut avoir des muscles aussi. Si la masse musculaire se bâtit sur un corps de femme, c’est que la femme est faite elle aussi pour avoir des muscles. Si la nature en avait voulu autrement et bien cette prise de masse ne se produirait pas. Certes, il est plus ardu pour une femme de gagner en masse musculaire à cause entre autres de la production moindre d’hormones androgènes et de la typologie fibrillaire. Or, ce n’est pas parce que la plupart des femmes n’ont pas de muscles apparents que celles qui en ont se rapprochent des hommes. Inversement, on ne dira jamais d’un homme maigre ou gras que s’il continue à ne pas s’entraîner il va finir par ressembler à une femme !

Depuis quand la testostérone à elle seule est équivalente à un Bac. en kinésiologie, à une formation d’entraîneur ou simplement à de l’expérience en entraînement? 

Ce n’est pas parce qu’un gars est « baraqué » qu’il est un bon athlète ou un bon entraîneur. C’est d’ailleurs assez simpliste de se choisir un entraîneur en fonction de son tour de biceps, visez plus haut svp ! 

Est-ce qu'il est bizarre, anodin ou voir impensable qu’une fille sache mieux s’entraîner qu’un gars? Je ne pense pas, surtout pas de nos jours.

Malheureusement, le milieu de l’entraînement est encore assez patriarcal, pour ne pas dire « machos ». Les hommes doivent, et auraient même intérêt à, accorder de la crédibilité aux femmes, en tant que comparse d’entraînement, en tant qu’athlète et en tant qu’entraîneure. Les femmes, nous devons prendre confiance, être fières de nous entraîner au lieu de nous justifier et répondre aux commentaires parfois sexistes si l’occasion se présente.

De ce fait, s’entraîner dans un centre de conditionnement physique que pour femmes n’est pas une solution selon moi. J’ai d’ailleurs travaillé dans ce genre d’établissement et les femmes s’y abonnent justement par gêne de se retrouver avec des gars et de se faire juger. Ce n’est pas normal. Et ce n’est surtout pas normal qu’on adhère à ces pensées en ouvrant justement des gyms pour femmes, car on donne ainsi raison à leurs inquiétudes.

L’exclusion dans ces centres, envoie le message que les femmes n’ont pas leur place dans les « vrais » gyms et que c’est normal de ne pas se sentir à l’aise de faire du sport devant des hommes. Et les hommes reçoivent le message qu’il y a des gyms ouverts juste pour les femmes donc qu’elles devraient logiquement aller là-bas au lieu de venir jouer dans leur « terrain ». Cela semble peut-être exagéré pour certains, or, tous ces processus de pensée sont souvent inconscients, mais non pas moins réels.

Pour conclure, pensez qu’un homme est généralement plus « callé » en entraînement qu’une femme peut sembler assez banale, mais cette idée préconçue en amène d’autres puis d’autres puis d’autres passant ainsi de la perception à la croyance. Croyance qui n’est pas basée sur un fait, cheminant vers un ensemble de doctrines du même genre. Ainsi, le milieu du gym n’est certes pas un reflet du monde, mais démontre tout de même que l’égalité hommes-femmes n’est pas encore foncièrement présente dans quelques sphères de la société. Je ne parle pas d’égalité en terme d’actions, mais en terme de perceptions, de jugements et de rapports sociaux.

 

Valérie Niro

Ceci est un article de notre collaboratrice Valérie Niro qui est une kinésiologue se donnant pour mission de véhiculer une mode de vie sain et actif. Elle est également une adepte invétérée de l’entraînement en force et en hypertrophie et en powerlifting. Entraîneure personnelle au Centre Père Sablon à Montréal, elle adore voir ses clients progresser et se surpasser !


Anne-Marie Gobeil

Anne-Marie Gobeil

FONDATRICE - PRÉSIDENTE DIRECTRICE GÉNÉRALE - BLOGGEUSE - COACH BARBELLE

En gros, je suis Barbelle ! Ça y est, la glace est brisée. Je suis entraîneure de formation, athlète et blogueuse de passion. Mon objectif est de rassembler les femmes dans un mouvement qui les fait sentir fortes et confiantes. À bas les stéréotypes : changeons plutôt la définition du mot « fitness ».