J'ai déjà été une loser. Ou comment j'ai abandonné mes études pour devenir quelqu'un?

09 Avril 2017 | Anne-Marie Gobeil

Pour ceux qui ne le savent pas...Je suis une drop-out. Une vraie de vrai. 

Au primaire, nous devions interpréter la classique comédie musicale Grease. J'avais le rôle de Frenchie, la drop-out de la gang. Celle qui rêve d'argent, de liberté et d'entreprenariat. Elle était vraiment rêveuse la petite Frenchie; elle voulait ouvrir son salon de beauté du haut de ses 17 ans et n'en avait rien à cirer de ses cours d'histoire et de mathématiques. Elle voulait quitter l'école, et tout le monde, incluant le directeur, les cheelreaders, les Thunder Birds et les Pink Ladies lui ont chanté de rester. D'obtenir son diplôme et de vivre une vie heureuse. Parce que connaître le théorème de Pythagore, c'est bien pratique quand vient le temps d'acheter une propriété ou bien de payer tes impôts.

Je comprenais Frenchie, vraiment. On se ressemblait, même quand j'avais juste 11 ans (et probablement pas toutes mes dents). Elle savait ce qu'elle voulait, elle avait un plan et surtout elle n'en avait rien à faire d' "attendre" le bon moment. Elle n'était pas arrogante, ni inculte ou idéaliste; elle était juste attaquée de pleins d'idées. Son âme n'était pas grise et triste; elle ne pensait pas qu'elle était limitée. Elle avait une passion. Mais, une passion, ce n'est pas pratique dans un monde de payeur de taxes, right. Alors, tout le monde s'est allié pour lui chanter (carrément) que ça n'avait pas de bon sens. Tout le monde a applaudi; c'était un beau spectacle. 

J'ai donc compris à 11 ans qu'une conspiration appelée "société" assassinait les passions.

Il fallait apprendre l'auto-défense intellectuelle.

J'ai toujours lu et écrit compulsivement. J'étais très bonne à l'école; c'était juste facile. Ce que je lisais, c'était beaucoup plus complexe. Est-ce que Da Vinci Code était un livre pour enfants? Non. Parfait, c'était pour moi.

Personne n'aurait de soupçon si je passais sous le radar. Ils ne sauraient pas que j'ai une passion que je protège et que je nourris si je suis une bonne élève; j'écrivais des romans en secret, la plupart inachevés, parce qu'une nouvelle idée me frappait aussi rapidement que la puberté. Tout change vite à cet âge-là. J'avais une passion qui parfois me mettait dans le pétrin. Mes enseignants m'accusaient de plagiat; c'était impossible qu'à 12 ans on pense comme ça. Évidemment, je n'ai jamais triché. Je crois que c'était parce que je n'avais juste pas le profil requis pour être digne d'avoir le bénéfice du doute. Déjà, à 12 ans, on nous mets dans des boîtes; des catégories. Élèves turbulent, élèves studieux...Et je trouve que c'est important de citer que les élèves performants ne sont pas nécessairement de "bons" élèves. J'avais une tendance à être très condescendante, à contester l'autorité, à imposer mes petites lois. J'avais du "caractère" et ce n'était drôlement jamais dit d'une façon positive.

À 15 ans, j'ai décidé que j'allais devenir journaliste, et aussi éditeur en chef d'un gros magazine (dans le temps que c'était IN les magazines). Ça n'avait pas d'importance, au fond, ce qui comptait, c'est que je puisse écrire. Je ne le savais pas autrement qu'inconsciemment, mais ma passion allait se traduire en un billet de sortie express de ce système-là, l'école, bien des années plus tard. Pas question que les laisse me convaincre de leur vendre mon âme. Je ne veux pas les voir s'introduire dans mes pensées et mes rêves; c'est à moi ça et ce n'est pas à acheter.

Bien plus tard, je me suis retrouvée au cégep avec tous les privilèges exaltants d'une adulte; soit acheter de l'alcool et faire la fête aussi tard que voulu, right? On nous a pitché, jeunes adultes pleins d'hormones et sans expérience de vie dans un établissement scolaire supérieur qui est censé nous préparer à notre vie d'adulte. On a foncé dans la frontière de l'enfance à toute vitesse dans notre vieille civic 2003 et la clôture a cédé sous l'impact. Te voilà UNE ADULTE.  

Rien ne m'intéressait à ce moment-là. Aucun de ces programmes de me ressemblait. Aucune de ces personnes ne me comprenait. On me poussait sur la tête pour que j'entre dans ma petite boîte, dans ma catégorie. Comme si en choisissant son métier, on choisissait son identité. Je me suis demandé à quoi ça rimait tout ça. Beaucoup de changements on eu lieu, quand j'avais 18 ans. J'étais déjà en burn-out, moi, nouveau-né de la vie adulte et j'ai pèté la coche. Ça fait que j'ai juste arrêté mes études, prête pour l'école de la vie.

 

 Personne ne m'a dit que c'était l'idée de l'année de quitter les bancs d'école. Au fait, 100% des gens consultés à l'époque trouvaient ça loufoque, paresseux, anarchiste même.

Moi la première! Je me suis trouvée pas mal loser pour un bon moment. Un vrai fiasco de la société, un fardeau pour mes parents, la risée de la banlieue. Ma mère dit que je suis marginale, mais je pense vraiment pas que ce soit un compliment. DIEU MERCI, back-in-the-days (ana il y a 5 petites années), Instagram n'étant pas ce qu'il est devenu, je n'avais pas l'impression que je devais posséder une Range Rover et 300 paires de chaussures pour être quelqu'un (vraiment, c'est la poisse pour les jeunes âmes d'aujourd'hui).

Par chance, je me basais JUSTE sur ce que j'étais "censée" faire pour avoir l'air de quelqu'un selon les attentes de mes parents et de la société. J'aurais dû faire comme tout le monde :

Tourner la roue de fortune et me choisir une carrière pour le restant de mes jours à 16 ans en me basant sur un test de personnalité que mon orienteur scolaire m'aurait fait passer, par peur de ne pas faire d'argent dans un domaine qui m'aurait plu. 

Me fiancer à mon amour de jeunesse, par peur de ne pas trouver quelqu'un de mieux. 

Finir l'université, parce que, de toute façon, j'aurais des dettes à payer.

Me faire bâtir une maison, entretenir ma pelouse verte, regarder des séries télévisées pour me faire vivre des émotions fortes et pondre des enfants. 

Tout ça en encaissant un chèque de paie qui serait ma seule et unique motivation pour mettre le nez dehors le lundi matin venu. 

Ça aurait été tellement sécuritaire. J'adore le mot "concrete" en anglais. C'est mon amoureux qui me l'a enseigné parce que your girl is not tant bilangual que ça! Ça définit le béton. Ça aurait été BÉTON une vie comme ça. Solide et stable. Immuable. Écrasante et lourde aussi. En prison, à bout de souffle, effouerrée sous mon bloc de béton. J'aurais pas pu bouger et je suis gravement claustrophobie dans la vie (aka je CAPOTE si tu as le malheur de me faire une accolade trop imposante où ma respiration est comprise) ; alors j'ai choisi de ne pas choisir la vie de béton.

Et tu sais, c'est vraiment bien aussi la vie dans une petite hutte de paille. Il y a de l'air ici. Les idées respirent, et en plus, si on n'aime pas l'endroit où on vit, on plie bagage et on pars ailleurs.

On ne reste pas en dedans ici; rien ne grandit quand c'est privé de lumière, même pas toi. Et arrêter de grandir c'est dépérir. On sort; on veut constamment explorer. Comprendre, se poser des questions, trouver de nouvelles façons de faire les choses; de mieux faire les choses, en fait. J'étais tellement attirée par la vie que je pourrais construire. Je voulais dessiner, pas colorier entre les lignes.

On me dit souvent que je suis mûre pour mon âge (j'ai 23 ans, ça commence à faire moins jeune prodige, mais bon). Je ne sais jamais ce que je suis censée répondre à cette remarque. "Sort et va faire un paquet d'erreurs, le plus possible. Arrête de vouloir être couvée par le système et apprends à te fier sur toi. Ça fait grandir.". Non, je ne peux pas dire ça.

J'ai beaucoup de front, mais j'ai aussi de l'empathie. Je comprends aussi que ce n'est pas tout le monde qui est prêt à entendre ça. Beaucoup de gens seraient blessés ou froissés par ces propos. Ils se sentent attaqués et compromis; ils n'ont rien fait de mal, pourtant, ils ont fait ce qu'ils étaient "censés" faire, non? 

Dans ma petite hutte de paille, mon habitation permanente pour le moment, des fois, j'ai peur un peu. Et si j'échoues? Si je n'ai plus d'argent? Si je tombe malade? Que je ne peux plus créer de projets? Ce n'est pas sécuritaire, mais je trouve ça toujours mieux que de laisser ce que j'ai de plus précieux, mon âme, ce feu en nous qu'on a tous, se faire réduire à de la poussière par le bloc de béton qui menace de nous tomber dessus depuis notre entrée dans la vie adulte. 

 Quitter l'école, quitter le système, moi, ça m'a aidé à comprendre tôt ce que beaucoup de gens vont seulement comprendre bien plus tard : C'est cool les erreurs. Laisse-les se frotter à toi et imprègnes-toi de tout ce qu'elles transportent. Si tu savais ce que tu peux apprendre. Et puis, si ton projet A ne décolle pas, que ta relation éclate, que tu échoues un test d'admission, que tu ne décroches pas le boulot de tes rêves, que tu fais faillite...C'est si grave que ça? Qui a dit ça? Ta mère? Un de tes anciens prof? Ton patron ou bien ton ex?  

Es-tu certaine que tu as peur d'échouer plus que tu as peur de réussir? Et surtout, es-tu certaine que tes choix sont vraiment les tiens?

Et je veux tenir un point important; ce n'est pas parce que j'ai quitté le système scolaire que je suis CONTRE l'éducation. ATTENTION ici; je suis PRO-ÉDUCATION continue. C'est à dire que je crois que chacun d'entre nous a le DEVOIR de chercher à s'éduquer constamment et sans cesse. Un diplôme c'est bien si tu en as BESOIN pour exercer une profession, mais ce n'est pas tout ce qui confère la sagesse et la connaissance à quelqu'un. Il y a de bons docteurs et des docteurs médiocres; quel est le facteur qui les différencient? Ils ont le même diplôme leur attestant le droit de pratique, pourtant...L'un est à la conquête de sa propre éducation et l'autre s'assoit sur son bout de papier.  Depuis mon départ du système scolaire, apprendre n'est plus une obligation; c'est un DÉSIR. Ce n'est pas parce que tu décides de te lancer dans le monde de l'entreprenariat ou de la découverte, tout simplement, que tu ne peux plus apprendre et obtenir des formations; surtout pas en 2017!

 En quittant l'école, j'ai "trébuché" sur l'entraînement. Je voulais me changer les idées suite à une rupture amoureuse et je suis tout simplement tombée amoureuse du sport, plus particulièrement de la culture du corps, de la santé, de la mise en forme. Tout de suite, je savais que je voulais et que je devais y travailler. Je ne savais pas comment j'allais m'y prendre, ni ce que je voulais VRAIMENT accomplir, mais je savais que j'avais quelque chose à y faire. Je me suis éduquée et j'ai commencé à m'entraîner dans les gyms. 

En toute honnêteté, j'ai détesté ça. Je suis très introvertie; rencontrer des gens M'ANGOISSE et me VIDE de mes énergies. C'est totalement vrai ; j'ai une phobie du public. J'aimais AIDER toutes ces femmes avec qui je travaillais, et j'avais réussi à bâtir un grand bassin de clientèle et à vivre TRÈS BIEN, mais j'étais incapable de m'épanouir ni de me voir exercer ce rôle à long terme. Je me suis rappelé ma vraie passion; c'était ÇA que je voulais faire. 

Ce fût un échec, techniquement parlant. Parce que je ne pouvais juste pas atteindre mon plein potentiel si je compromettais mon bien-être à moi. Et ça, admettre ses faiblesses et renoncer intelligemment, ça demande du courage. J'ai donc changé de formule et c'était risqué. Je risquais de tout perdre...mais qu,est-ce que j'avais vraiment à perdre déjà?

L'idée est apparue du jour au lendemain. J'aime croire qu'on me l'a envoyé, parce que c'est relativement rare que tu reçois une pensée dans ton esprit qui t'explique de A à Z comment exécuter un plan d'affaire pré-établi. J'ai trébuché sur Barbelle, un beau soir, autour du 23 juin 2016.  PAF! Barbelle m'est tombé dans le front. Out-of-nowhere. Et c'est vraiment spécial de le raconter pour moi, parce que c'est probablement la seule chose paranormale qui me soit arrivée. Je ne sais pas si j'ai créé tout ça, ou bien si quelqu'un à quelque part m'a écouté pendant toutes ces années, à l'école, quand je m'imaginais vivre mes plus folles fantaisies et m'échapper d'un système triste qui tuait les passions. 

  Depuis, Barbelle est un MONSTRE. Pas carrément, mais Barbelle est TOUT ce que j'ai toujours voulu faire. Je n'ai jamais autant été fière de dire que je suis une drop-out. C'est un sentiment d'étonnement qui se lis sur les visages maintenant. Je ne suis plus une anarchiste ni un échec de la société. J'avais un plan, en dedans.  

Comment est-ce possible que je VIVE de ma passion? À 23 ans? Comment ça se peut que ma passion qui se traduise par la création d'une entreprise de coaching et blog à succès? Que les gens aiment ce que j'écris, moi, la petite jeune décrocheuse? Qu'on me demande de collaborer à d'autres projets, d'autres blogues, d'autres web-magazines? Que mon équipe de coaching s'agrandisse? Que notre clientèle soit desservie à l'ensemble du Québec? Que nos histoires de succès avec nos clientes pleuvent? 

En 2017, je ne crois pas que le simple fait d'avoir un diplôme est suffisant; être quelqu'un, c'est mieux. En fait, je crois dur comme fer que le succès est offert à tout ceux qui sont prêts à travailler extrêmement fort et à être honnête envers eux-même. Tu te mens, tu te tires dans le pied, tout simplement. 

Les présents propos ne font part que de MON expérience personnelle. Je ne suis pas CONTRE les gens qui tiennent au système scolaire en place. Je ne conseille pas à quiconque de délibérément abandonner ses études. Aies un plan d'action. 

Tu as totalement le DROIT d'être fiers de tes accomplissements scolaires et je ne suis pas ici pour les minimiser.

Seulement, je veux montrer, pour une fois, aux filles comme moi qu'il y a une AUTRE FAÇON de réussir; une façon qui ressemble plus à ce feu que vous avez au fond du coeur. SachEZ qu'il y a quelqu'un de VOTRE côté, qui croit en VOUS et qui VOUS appuie mES chèreS. Maintenant, au travail!

 


Anne-Marie Gobeil

Anne-Marie Gobeil

FONDATRICE - PRÉSIDENTE DIRECTRICE GÉNÉRALE - BLOGGEUSE - COACH BARBELLE

En gros, je suis Barbelle ! Ça y est, la glace est brisée. Je suis entraîneure de formation, athlète et blogueuse de passion. Mon objectif est de rassembler les femmes dans un mouvement qui les fait sentir fortes et confiantes. À bas les stéréotypes : changeons plutôt la définition du mot « fitness ».