Storytime : On m'a dit que je faisais du "skinny-shaming"

27 Janvier 2018 | Anne-Marie Gobeil

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 CRÉDIT PHOTO @ Andréanne Thériault

J'te dirais que je me cherche ces temps-ci.

Est-ce que c'est la crise du quart de siècle qui frappe un an trop tôt? Je ne le sais donc pas! Ce que je sais, par contre, c'est que depuis que l'année est commencée, j'ai l'impression d'être une belle brebis égarée. 

Normalement, j'adore les débuts d'années et j'ai toujours un plan d'attaque méticuleusement élaboré. J'ai des objectifs à profusion, je sais ce qui va se passer où, quand et comment. Mais au 1er janvier au matin cette année : rien. Pas même l'ombre d'un doute de ce que j'allais manger pour déjeuner. Mon premier réflexe a évidemment été de PANIQUER solide. 

Pas que je ne sache pas où m'en aller. Ma belle business explose, j'ai des contrats d'écriture rémunérés, je suis bien dans mon corps, j'ai un amoureux qui m'aime fort, un chat même. La vie est belle, sans farces! Je te dirais que ce qui se trame, c'est beaucoup plus interne. C'est quelque chose là, au creux de ma poitrine, bien que ce soit ma tête qui se tape une migraine un peu plus souvent qu'avant. Je pense peut-être trop ou trop fort?

Ce dont je me suis rendue compte, c'est que mes priorités étaient en train de changer. Je ne suis peut-être plus capable de formuler des objectifs bien précis du style "Je veux me lever à 6 h le matin pour aller m'entraîner", mais je SENS des aspirations plus complexes prendre forme en moi du genre "Je veux être dans le moment présent" et "Je veux découvrir la raison pour laquelle je suis sur Terre". Intense, enh? J'ai l'impression qu'il y a beaucoup trop de superficiel en arrière plan. C'est lourd, surtout quand on passe principalement sa vie en ligne, comme moi. 

Si tu ne le savais pas déjà, je suis une entrepreneurs-web (soudainement, je sonne plus nerds que jamais!). Moi & Kim passons nos journées entières en ligne - pour le meilleur et pour le pire ! 

L'autre jour, une personne (qui soi-disant, passant, a un très important following sur les médias sociaux) m'a dit que je faisais ce qu'on appelle du "skinny-shaming". Avant d'être absolument troublée, j'ai d'abord été intriguée :


- Ah oui, du skinny-shaming...Ok, en quoi ça consiste, j'ai demandé.

- Bien, se faire dire "Mange-donc un burger!" et "Tu es trop mince!", c'est vraiment lourd! 

J'ai toussé dans ma barbe (pas vrai, je n'ai pas de barbe, mais tu comprends ce que je veux dire). Ça doit être absolument terrible (humes le sarcasme ici présent) de se faire dire de manger un burger. Je ne sais pas comment tu penses pouvoir me faire sentir mal pour ton cas alors que 100% de mon vécu des 5 dernières années j'ai laisser déferlé sur moi des commentaires comme "Tu ressembles à un homme", "Tu as sûrement un énorme pénis", "Tu me dégoûtes", "Tu n'es pas une vraie femme". Tu veux qu'on compare nos cicatrices émotionnelles, girl? Vraiment? Je pense que mon quota de sympathie sera dirigé vers des cas plus traumatiques...Merci, prochain appel.

- Pardon?, j'ai lancé (dans ma tête, parce que je n'ai pas eu le temps de taper assez vite)

- Je ne voudrais pas que tu perdes des followers à cause de l'image négative que tu projètes, je me suis fais rétorqué.

Woh, minute. Si tu me connais juste un petit peu, tu sais que je ne fais pas ça, rabaisser les autres femmes. Je crois que tous les types de corps sont beaux à leur façon. D'ailleurs, j'ai moi-même, avec Barbelle, BEAUCOUP de clientes qui ont une morphologie d'ectomorphe (traduction : ce sont des femmes qui ont NATURELLEMENT un métabolisme rapide et un corps svelte) et qui pourchassent un objectif lié à la force ou bien au gain de muscle. Tu n'es pas "condamnée" à appartenir à un type de corps et à être mise dans une boîte. "Les skinny ici, les filles musclées-là, celles en courbes de ce côté". Voyons donc ! 

Alors, pendant une fraction de secondes, je me suis demandé : "Est-ce que je viens de faire du skinny-shaming moi-là?". J'ai fais lire la conversation à mon amoureux et à ma meilleure amie. Ok, je te l'accorde, leur opinion n'est pas à 100% objective, mais leurs réactions était aussi incrédules que la mienne l'était. "Ben non, mon amour. Tu fais juste parler de ce qui te drive, TOI", que mon beau blond répondit.

C'est vrai ça.  Cependant, ce que je crois aussi, c'est que j'ai entièrement le droit d'avoir des objectifs qui sont les MIENS. J'ai parfaitement le droit de ne plus rien avoir à faire avec le fait d'être conventionnellement mince et de vouloir uniquement devenir forte. 

En grandissant, j'ai toujours été super inconfortable dans mon corps plus robuste que celui des autres jeunes filles. Pas que j'étais en surpoids ou en mauvaise santé, au contraire. Mais j'étais...faite plus  "carrée". Et je détestais ça. Et moi, à l'époque, tout ce que je voulais c'était d'être plus petite, plus délicate. Il faut se rappeler que dans la première décennie des années 2000, les modèles féminins plus en courbes n'existaient carrément pas. Les corps athlétiques brillaient évidemment pas leur absence aussi. Alors que les médias sociaux n'étaient pas encore globalisés, ce qui trônait, c'était la minceur, la minceur et encore la minceur. Pas que ça soit mal d'être mince, mais quand j'étais enfant, puis jeune adolescente, je n'ai jamais eu la chance de voir des femmes qui me ressemblaient mises de l'avant. Des femmes comme moi et à qui je pouvais m'identifier. 

Je peux comprendre pourquoi la personne qui m'a accusé de "skinny-shaming" a peut-être de la difficulté à se mettre dans mes souliers, et par la même occasion, dans les souliers de beaucoup d'autres femmes. Être forte, et pas mince, c'est ce que je veux. Je ne rabaisse personne, ni fait de l'ombre à qui que ce soit en assumant pleinement que de pourchasser un poids plume n'est plus ma bataille à mener. Je me demande si cette personne, si rapide à porter un jugement sait ce que ça fait de vivre 10 ans de sa vie en se sentant différente et inadéquate. Je me demande si sa perception changeait en sachant que plusieurs jeunes filles comme celle que j'ai été chercheront à se priver de nourriture et à obséder avec les calories pour peser 110 lbs du haut de leur 5 pieds et 7 pouces afin de ressembler à leur modèle de beauté par défaut, les anges du Victoria's Secret Fashion Show. Je ne sais pas si cette personne a déjà pleurer en regardant le chiffre indiqué sur sa balance à 15 ans. J'imagine que si tu savais, tu y penserais à deux fois avant de me dire que c'est "mal" de finalement honorer mon corps FORT, MUSCLÉ, ATHLÉTIQUE, PUISSANT et ROBUSTE. 

Ce n'est pas mon travail de m'assurer que tous et chacun se sentent parfaitement confortables dans leur petite bulle. Je suis consciente que mon message n'est PAS pour tout le monde. Je sais que je risque inévitablement, à un moment ou à autre, d'offenser quelqu'un à quelque part juste parce que j'ose être moi. Mais tu sais quoi? La vie est trop horriblement courte pour que je passe un seul instant à faire passer l'égo des autres avant mon propre bonheur. 

Nous sommes toutes des adultes ici. Je ne flanche pas pour celles qui ont la victimisation facile et l'empathie sélective. Tu as parfaitement le droit de ne pas me lire, me voir, me suivre. Je ne participe pas à la course du vedettariat Instagram et contrairement à la personne qui m'a "mise en garde pour mon bien" en me disant que je risquais de perdre des followers en n'étant rien d'autre que moi-même, je ne vais pas me dénaturer pour plaire. Je veux JUSTE que les femmes COMME MOI aille quelqu'un de RÉEL à qui elles peuvent s'identifier et potentiellement avec qui elles peuvent connecter. Nous sommes uniques. Vraiment, nous le sommes. Et c'est exactement ce qui fait de nous des femmes magnifiques. Je ne peux pas faire une séance de vaudou et forcer toute la planète à m'aimer, et toi non plus, tu ne le peux pas. Alors, peux-tu au moins te concentrer à t'aimer TOI, ok? 

Et honnêtement, je suis très curieuse de savoir le fond de ta pensée sur ce que je viens de te confier. On se retrouve dans la zone commentaires.


Anne-Marie Gobeil

Anne-Marie Gobeil

FONDATRICE - PRÉSIDENTE DIRECTRICE GÉNÉRALE - BLOGGEUSE - COACH BARBELLE

En gros, je suis Barbelle ! Ça y est, la glace est brisée. Je suis entraîneure de formation, athlète et blogueuse de passion. Mon objectif est de rassembler les femmes dans un mouvement qui les fait sentir fortes et confiantes. À bas les stéréotypes : changeons plutôt la définition du mot « fitness ».


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