Est-ce que lever des poids lourds nuit à ma grossesse?

02 Décembre 2018 | Anne-Marie Gobeil

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Il y a un paquet de choses qui ont déjà changé et qui continuent de changer dans ma vie depuis ce premier test de grossesse positif. Quelque chose qui n’a pas changé toutefois, c’est que l’entraînement est demeurée LA chose qui m’apporte le plus de bien-être, autant sur le plan mental que physique. Si je me projète en arrière à mon premier trimestre et aux nausées qui perturaient du matin au soir, mes entraînement (même si je n’avais fait que 15 minutes de vélo ou 30 Squats) étaient les moments où j’avais un peu de répit et me sentais le mieux.

Ce n’est pas un secret que je suis restée active depuis le début de ma grossesse, que je continue de lever des poids lourds, de transpirer et même de faire certains mouvements avancés. Ce qui n’est pas un secret aussi, c’est que plus ma grossesse progresse, plus ça dérange.

Je pense qu’à un moment où à un autre de la grossesse, TOUTES les femmes feront l’expérience d’au moins une critique ou d’une remarque ce qu’elles ne devraient ou ne devraient pas faire avec leur corps. Ça vient avec le ventre qui s’arrondit, tout le monde veut donner son avis, c’est juste inévitable. Même si ces commentaires-là émergent souvent d’une bonne intention, ce n’est pas vrai que les femmes enceintes devraient écouter l’opinion du voisin ou de la voisine plus que leur propre intuition ou les recommandations de leur médecin. Tu es celle qui connaît le mieux ton corps, et tu ne devrais jamais remettre en question les activités qui TE font sentir bien dans ta peau et qui te permettent de vivre une grossesse vraiment positive.

Pour moi, c’est pareil : les gens vont souvent souligner le fait que je m’entraîne encore « fort », que ce soit positif ou négatif. Il est certain que les accolades sont toujours plus agréables à recevoir que les critiques (surtout celles sur les Internets, où les gens se cachent derrière leurs écrans pour expédier leur propos sans aucun tact ou empathie). J’ai une grossesse très facile, peu de symptômes et mon gain de poids est très stable et sain : moi, j’associe ça à mes habitudes de vie et mon niveau d’activité physique. Mais, pour beaucoup de gens, s’entraîner comme je le fais est plutôt vu comme quelque chose d’égoïste, de narcissique et de dangereux.

Je peux comprendre que de l’extérieur, quand on me voit soulever plus de 200 lbs au Squat, faire des Chin-Ups ou bien continuer des pratiquer de l’haltérophilie, ça peut sembler « extrême ». Mais ce que bien des gens ne savent pas, c’est que ces poids « lourds » là représentent 60% de ce que je soulèverais habituellement. C’est que ces Chin-Ups là, j’en ferais normalement 3 fois plus. Que pour mon haltérophilie, je sais comment modifier la trajectoire de ma barre pour ne jamais entrer en contact avec mon ventre. Je comprends que ça sorte de la norme. Pendant des décennies, les femmes enceintes se sont fait prescrire de l’aquaforme et de la marche rapide, mais les temps ont changé et ce qui est recommandé aux femmes enceintes en matière de sport dans les cabinets médicaux a bien évolué.

Certes, la grossesse n'est pas le moment de prendre d'assault un nouveau programme d'entraînement rigoureux ou de fracasser de nouveaux records, mais tomber enceinte ne rime pas automatiquement avec - excuse-moi l'expression - se sentir comme une patate. Ton corps n'est pas condamné/ruiné/anéanti par la grossesse. Cette expérience riche en émotions et unique est justement l'occasion de la célébrer encore davantage et d'en prendre vraiment soin.

Est-ce que les femmes enceintes devraient continuer de s’entraîner de façon assidue? La vérité, c’est que comme beaucoup de choses dans la vie, ce n’est pas tout noir ou tout blanc. La réponse est : ça dépend de chaque femme ET de chaque grossesse. Avant de lancer à une femme enceinte qui s’entraîne « fort » qu’elle risque de causer du tort à son bébé à naître et qu’elle est irresponsable, il faut être au courant de son historique, du contexte de la chose. Je ne suis pas médecin et je ne suis pas ici pour te donner des conseils médicaux, mais je peux t’assurer que tous les professionnels de la santé avec lesquels j’ai parlé et ma gynécologue s’entendent sur le même point : les femmes qui étaient des athlètes de haut niveau qui n’ont pas de complications avec leur grossesse peuvent continuer leur routine d’entraînement en adaptant et modifiant certains mouvements selon comment elles se sentent physiquement. Si tu était une coureuse, une CrossFitteuse, une Powerlifteuses ou tout simplement une amoureuse de musculation avant de tomber enceinte, ton corps est accoutumé à l’effort et les chances sont que tu puisses continuer à pratiquer ta discipline préférée avec ajustements et l’accord de ton médecin bien sur) durant ta grossesse sont très bonnes.

Quand il est question des exercices que chaque femme devrait et ne devrait pas faire durant sa grossesse, encore une fois : ça dépend. Je ne peux pas prendre la décision pour toi, puisque chaque femme a une expérience en entraînement différente et vit les changements morphologiques apportés par la grossesse de façon bien personnelle.

De mon côté, j’évite :


- Les sauts
- Les exercices d’abdominaux depuis la marque des 12 semaines quand mon ventre s’est arrondi davantage (sauf les variations de planches, qui travaillent les abdominaux transverses, importants pour la posture)
- L’entraînement cardiovasculaire à haute intensité qui compromettrait mon apport en oxygène au bébé. Dès que mon rythme cardiaque s’élève trop, je prends un pause ou je ralentis, c’est aussi simple que ça.

  • Je réduis mes charges de 20 à 40%, selon les exercices. Je suis encore assez forte, mes muscles savent comment travailler sur les différents mouvements que je fais, mais je dois souvent ajuster la position des mes pieds ou de mes hanches pour être plus confortable avec mon ventre qui prend de l’ampleur. C’est souvent ce qui fait en sorte que j’abaisse mes poids ; je ne compromettrai pas la technique et la sécurité du mouvement avec un poids que je ne peux pas manoeuvrer de façon confortable.
  • Les exercices sur le dos avec une charge (comme le Bench Press) qui compressent la vana cava, une veine importante qui est responsable de l’afflut sanguin entre le bas ton corps et ton coeur (et qui affecte donc directement l’apport en oxygène acheminé à ton bébé).
  • Les inversions (comme les Wall Climbs ou la marche sur les mains) qui peuvent porter le bébé à confusion et qui, soyons honnêtes, ne sont plus très réalistes quand un énorme ballon de basket à l’avant de ton corps trouble ton centre de gravité.
  • Les mouvements de gymnastique comme les montées de corde, les Muscle Ups ou les Toes To Bar ; j’ai arrêté ceux-ci après le premier trimestre tout simplement parce que ça m’insécurisais de pouvoir tomber durant ces exercices complexes qui demandent beaucoup de coordination.

Je reçois beaucoup de messages de la part de femmes qui me confient ne pas recevoir l’appui de leur entourage et encaisser de vives critiques vis-à-vis leur décision de continuer à fréquenter le gym et honnêtement, ça me brise le coeur. Certaines se font lancer des commentaires haineux de la part d’inconnus fréquentant leur gym, leur disant qu’elles « devraient se reposer et penser au bébé plutôt que d’essayer de perdre du poids ». Euh, quoi?! Ce n’est pas du tout de ça dont il est question! Les femmes enceintes que tu vois dans les gyms ne sont pas là parce qu’elles ne pensent qu’à leur poids ; elles sont là parce que ça booste leur énergie, leur humeur et leur vitalité de transpirer un peu!

Je sais que ce n’est pas la « norme » de s’entraîner 4 fois par semaine enceinte et qu’il est plus socialement accepté de s’écraser devant la télé et de plonger dans un litre de crème glacée (really?), mais la vérité c’est que bouger 30 minutes par jour est recommandé pour les femmes qui vivent une grossesse à bas risque par tous les professionnels de la santé. Non seulement bouger a des bienfaits innombrables sur la mère, sur le déroulement de l’accouchement et sur la réduction des complications, mais de nombreuses études démontrent que le QI de l’enfant à naître est aussi positivement affecté par le fait de bouger. Lace tes chaussures de sport et get sweaty de la façon qui te semble la plus naturelle!

 


Anne-Marie Gobeil

Anne-Marie Gobeil

FONDATRICE - PRÉSIDENTE DIRECTRICE GÉNÉRALE - BLOGGEUSE - COACH BARBELLE

En gros, je suis Barbelle ! Ça y est, la glace est brisée. Je suis entraîneure de formation, athlète et blogueuse de passion. Mon objectif est de rassembler les femmes dans un mouvement qui les fait sentir fortes et confiantes. À bas les stéréotypes : changeons plutôt la définition du mot « fitness ».


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