Ce que je pense vraiment des chirurgies esthétiques

27 Avril 2018 | Anne-Marie Gobeil

Si j'ouvrais le bal en mettant mes cartes sur table ? Je trouve que parler de chirurgie plastique, c'est un terrain glissant. Tout n'est définitivement pas tout noir ou tout blanc ; à mon avis, c'est un sujet complexe et il existe toute une gamme de teintes de gris différents pour en discuter.

C'est un sujet tellement délicat que plus j'y pense, plus je ne suis même certaine d'en saisir toute la complexité. Si je parle de MON expérience personnelle, alors que je n'ai jamais eu l'intention d'avoir recours à la chirurgie esthétique invasive pour modifier la taille de mes seins ou bien la forme de mon nez, j'ai des injections d'acide hyaluronique aux lèvres. Et pourtant, je scande haut et fort que tu n'as pas à te retoucher, te changer, t'altérer pour te sentir belle et confiante. Et je le crois ! 

Je m'aimais AVANT d'avoir des injections aux lèvres et je m'aime APRÈS. À mes yeux, ça me semblait être quelque chose de "fun" à essayer pour rehausser un trait de mon visage que j'appréciais DÉJÀ. Je n'y ai pas penser à deux fois et j'adore le résultat naturel et subtil. Mais à bien y réfléchir, c'est définitivement contradictoire. Ou pas?

Est-ce que tout ça est plus grand que nous, les femmes? Je pense que si.

Selon moi, les raisons qui poussent les femmes à user de la chirurgie esthétique ne sont pas strictement personnelles et internes. Le dossier de la confiance au féminin, c'est une affaire publique et c'est nul que ce soit le cas. La source de ces motivations qui influencent les femmes à croire qu'elles ont besoin de changer quelque chose sur leur corps ou leur visage sont entrelacées, telles les racines profondes d'un arbre centenaire, à notre culture malade et notre société paradoxale depuis des LUSTRES.

 SOURCE : @sundaymorningview  SOURCE : @sundaymorningview  

Je ne peux pas dire que j'ai quelque chose contre la chirurgie esthétique. La décision qu'une femme prend vis-à-vis sont corps ne devrait regarder qu'elle-même ; qu'elle choisissent de passer sous le bistouri ou pas. En fait, ce serait tellement hypocrite de penser que je peux complètement comprendre les actions d'une autre femme sans me greffer sa tête, ses pensées, son parcours, ses insécurités. Je suis de celle qui croient que ton corps est tien. Fais-en ce que tu veux. Et tu n'es pas damnée parce que tu as recours à la chirurgie esthétique tout comme tu n'es pas automatiquement une sainte parce que tu ne le fais pas. 

Comme je le disais plus tôt, c'est beaucoup plus complexe qu'on pourrait le croire de choisir un camp. Au fait, peut-on vraiment? 

Alors où est le problème?

Si ta meilleure amie, ta soeur ou bien ta cousine te confiait qu'elle avait envie de subir une chirurgie esthétique pour corriger quelque chose qui affecte sa confiance en elle, sais-tu comment tu aurais cette conversation avec elle?

En un sens, on est toujours tellement plus critique et dure envers soi-même qu'on l'est envers autrui ; les insécurités dont elle te parle te sembleraient peut-être tellement superficielles que tu ne comprendrais même pas pourquoi elle voudrait entreprendre des démarches aussi drastiques pour se modifier. Peut-être que ces choses qu'elle ne supporte pas quand elle regarde sa réflexion dans un miroir sont des traits de sa personne que tu trouves, toi, uniques et beaux. Ce sont ce qui la rendent elle-même.

D'un côté, es-tu en droit de lui dicter ce qu'elle devrait et ne devrait pas penser de son corps?
De ce qu'elle devrait et ne devrait pas faire avec son corps?
De minimiser ses insécurités?
De ne pas essayer de faire épreuve d'empathie?
De lui dicter la marche à suivre "correcte" pour qu'elle se sente bien dans sa peau?
Y a-t-il quelque chose de démoniaque avec le fait de se libérer d'une insécurité qui nous pèse lourd? 
Absolument pas. 

Mais en même temps, tu crois tellement fort que la confiance commence en dedans.
Que si elle était prête à tout simplement se donner la chance de faire un voyage à l'intérieur d'elle-même pour se guérir, elle pourrait poser un regard différent sur elle-même.
Que c'est dans la tête qu'on combat la source de nos insécurités.
Qu'il faut commencer à souligner ce que notre corps accomplit plutôt que d'uniquement se concentrer sur ce dont il a l'air. 
Que si elle apprenait à aimer son corps inconditionnellement, elle pourrait renverser la vapeur.

Je ne sais pas comment je gérerais, pour être franche. J'imagine que la vraie inquiétude est la suivante : beaucoup de femmes penseront à la chirurgie esthétique comme le miracle dont elles ont besoin, mais c'est très (très) idéaliste.  La réalité, c'est qu'il existe des femmes qui passent sous le bistouri qui souffrent de dysmorphie corporelle (qui, soit-disant-passant est une VRAIE condition mentale qui affecte et déforme notre perception de nous-même). Subir une chirurgie esthétique ne change pas les pensées toxiques dans ta tête. Une chirurgie ne fait pas disparaître les insécurités. Une chirurgie ne change pas qui tu es. Et le danger est de tomber dans le cercle vicieux qui te fait enchaîner procédure après procédure en restant constamment insatisfaite de ton apparence.

Je pense que là où mon opinion sur la chirurgie esthétique prend vraiment forme, c'est dans la façon dont on l'utilise systématiquement dans notre société sans avoir cherché ailleurs pour des solutions. Là où je ressens malgré moi un espèce de malaise face aux chirurgies qui modifient le corps ou le visage, c'est quand on fait croire aux femmes que leur corps n'est pas suffisant comme il est naturellement. Ou bien encore qu'il est anormal, inapproprié ou dérangeant. Je n'aime pas qu'on arrange avec le gars des vues la définition du mot beauté pour faire des profits. Je n'aime pas que la confiance des femmes fasse les manchettes, non plus. Je déteste qu'on attribue les qualificatifs "braves" et "courageuses" aux femmes moins-que-parfaites qui "osent" assumer, montrer et aimer leurs corps.


Si l'usage de la chirurgie esthétique n'est pas un péché en soi, ce qui l'est c'est de faire croire aux femmes que la confiance commence avec l'apparence. Quelle est TA VISION de la chirurgie esthétique et penses-tu que tu pourrais un jour y avoir recours?

 


Anne-Marie Gobeil

Anne-Marie Gobeil

FONDATRICE - PRÉSIDENTE DIRECTRICE GÉNÉRALE - BLOGGEUSE - COACH BARBELLE

En gros, je suis Barbelle ! Ça y est, la glace est brisée. Je suis entraîneure de formation, athlète et blogueuse de passion. Mon objectif est de rassembler les femmes dans un mouvement qui les fait sentir fortes et confiantes. À bas les stéréotypes : changeons plutôt la définition du mot « fitness ».


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