Vivre une grossesse chimique. Et si on osait en parler?

24 Février 2019 | Anne-Marie Gobeil

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La santé, c’est loin d’être juste physique. La santé, c’est loin d’être uniquement une question de ventre plat, d’abdominaux ciselés ou de cuisses fermes. La santé, ce n’est pas juste ta capacité à bien manger ou à enfiler tes chaussures de sport dès ton réveil pour aller t’entraîner 4 jours d’affilée.

La santé, c’est un état de bien-être autant physique que psychologique qu’émotionnel. Au fait, je suis de celle qui croit que même si tu es visiblement en forme, musclée et athlétique, si en dedans ça ne va pas, rien ne va. Ici généralement, sur Barbelle, je te parle des meilleures stratégies pour réussir à manger équilibré, de mes trucs pour dominer tes objectifs et de mes conseils d’entraineure pour gagner en muscle, mais j’aime aussi aborder des sujets de la vie courante. Parler de ce que ça fait d’être humaine. De vivre des hauts, de vivre des bas. Si tu me suis ici depuis un bail, tu sais que ces occasions portent le nom des dimanches confidences et ce soir, j’ai dépoussiérer un blog que je n’aurait jamais pensé publier.

En juin dernier, j’ai vécu une épreuve qui a laissé une trace. Il s’agit d’un évenement qui est impressionnement courant mais aussi excessivement tabou. Sur le coup, j’ai géré les émotions de la seule façon que je connais : en me vidant le coeur sur papier (ou sur le clavier, plutôt). Mais j’ai gardé ces mots-là pour moi, à moitié honteuse et à moitié effrayée.

Mais cet après-midi, j’ai reçu un message d’une jeune femme qui me confiant avoir elle aussi vécu ce que moi j’ai vécu et ça m’a poussé à revisiter mes pensée d’il y a 9 mois.

Comme tu le sais peut-être, je suis présentemment enceinte de 8 mois et tout au long de ma grossesse, j’ai remisé cet épisode au placard. Je voulais me concentrer sur le positif, sur le beau, sur mon bébé garçon qui est en santé.

Les mots "fausse-couche" nous font toutes horriblement peur (avec raison), mais ça ne veut pas dire qu'il faut éviter de les prononcer ou ne jamais oser en parler. 

Presqu’arrivée à terme, j’ai envie de parler de mon expérience, pas juste pour m’en libérer, mais aussi pour donner de l’espoir à toutes celles qui traversent la même chose actuellement. Je me suis juste dit que c’était égoïste de les garder pour moi ces mots-là, surtout s’ils pouvaient apporter un baume à quelqu’un ou bien aider ne serait-ce qu’une seule femme à se sentir moins seule.

 

JUIN 2018 :

« Pour commencer, je n'avais pas du tout l'intention d'aborder ce sujet surtout parce que, même si j'en partage beaucoup, je me disais que c'était personnel à un TOUT AUTRE NIVEAU. Au fait, je ne sais même pas si j'appuierai sur la touche "Publier" à la fin de mon récit. D'un autre côté, lancer mes écrits et mes pensées dans l'Univers a toujours été ma façon de gérer mes turbulences. Un peu comme un ballon gonflé à l'hélium qu'on laisse prendre son envol vers les nuages, dès que je finis de taper sur mon clavier, je ferme mon écran et je ne regarde plus jamais en arrière. 

Alors, on verra bien. 

Donc voilà, il y a quelques temps, moi et mon amour avons convenu que le moment d'essayer de fonder une famille était le bon. On se sent prêts et pour être franche, on est carrément emballés.

Étant la personne "go-getter" que je suis, j'avoue avoir pris le "projet" vraiment au sérieux. Je suivais de près mon cycle sur une (ok, trois) applications mobiles afin de connaître les jours où je serais la plus fertile. En même temps, quand on SAIT qu'on veut fonder une famille avec l'homme de sa vie, on ne peut pas se blâmer d'être vraiment surexcitée par la chose, non ? 

J'en ai parlé dans plusieurs de mes anciens blogues : je ne prend plus de contraceptif depuis déjà 5 ans. Mon raisonnement était que si sans contraceptif hormonal je n'étais jamais tombée enceinte "par accident"  ça prendrait probablement quelques mois avant d'obtenir un test de grossesse positif. Après tout, les statistiques indiquent que les chances de conception ne sont que de 33% par cycle pour un couple dans la vingtaine ; dans ma tête à mois, il n'y avais AUCUNE CHANCE que ça fonctionne du premier coup. 

Là où j'ai été complètement surprise, c'est quand, après le premier mois d'essai, mes règles ne sont pas arrivées à date prévue. Je m'étais JURÉE de ne pas testé avant le jour où mes règles étaient censées se déclencher. Avec les avancées scientifiques, certains tests peuvent détecter l'hormone de grossesse jusqu'à 6 jours avant la-dite date, mais je ne voulais pas être la fille qui virait sur-le-top et se créer de faux espoirs. Aussi, on va se le dire, ce n'est pas donné de faire pipi sur un bâton et je n'avais pas l'intention de flamber 200$ en tests high-tech. 

Cétait un lundi et j'avais dans l'armoire de la salle de bain un test de grossesse qui n'attendait que le moment opportun pour être pris. Deux mots : deux lignes.  Une signification : positif. Une conclusion : enceinte.

WHAT !? 

Il fallait que je me pince. Comment ça pouvait m'arriver à MOI ? Du PREMEIR COUP ? Le soir venu, j'ai fait un test digital pour être comme CERTAINE que c'était bel et bien réel. Les test digitaux indique noir sur blanc si tu es enceinte ou pas et celui que j'ai utilisé mentionne aussi le nombre de semaines approximatives de la grossesse. 

Déballe le test. Fait pipi. Trempe le test. Patiente. Patiente. Patiente (le test prend 3 minutes à afficher un résultat). 

"ENCEINTE, 1-2 semaines"

WHAT #2 !? C'était bien réel ; deux tests de deux marques différentes l'ont confirmé. 

Et tu sais, à partir du moment où tu SAIS que tu es enceinte, même si à ce stade précoce, il n'existe qu'un embryon minuscule composé cellules qui se multiplient à une vitesse folle dans ton ventre et qu'il n'y a aucun signe de bébé chaud et rose en vue, c'est comme si.

Je ne pense pas que ce soit quelque chose qui se maîtrise ; cet instinct est primitif et ancré dans notre ADN de femme. Tes pensées se mettent automatiquement à virevolter dans tous les sens et tu t'imagine naturellement à quoi ce bébé ressemblera, quel nom tu lui donnera et comment ta vie sera en tant que maman. Je ne pense pas que je comprenais avant que ça m'arrive, mais ce qui grandit en toi, peu importe à quel point c'est petit, c'est un être humain que tu aimes déjà. Et crois-moi, il n'y a aucun moyen d'échapper à cet amour-là dès l'instant où tu obtiens un test de grossesse positif. 

J’étais aux anges. Je n’en revenais pas d’être tombée enceinte du premier coup.

Mais 6 jours plus tard, je me met à saigner. C’est un samedi, le 16 juin précisément. Prise de panique, je me rends à l’hôpital. Ce n’est pas normal et je le sais. On me fais un test sanguin. Les hormones de grossesse sont trop basses. C’est une grossess chimique.

Une grossesse chimique, c'est quoi ? 

Une grossesse chimique, dans la terminologie médicale c'est le terme qu’on utilise pour décrire une fausse-couche qui a lieu très tôt, soit avant la 5ème semaine de gestation. Il arrive même que certaines femmes vivent une grossesse chimique sans s'en rendre compte et croient simplement que leurs règles ont du retard.

Les causes d’une grossesse chimiques ne sont pas bien connues : on croit qu’il s’agit surtout d’une anomalie au niveau des chromosomes de l’embryon ou bien que celui-ci n’a pas réussi à s’accrocher correctement ou assez solidement aux parois de l’utérus. La grossesse est donc éliminée naturellement par le corps, et les « règles » débutent.

Avant que ça m’arrive, je ne savais même pas ce qu’une grossesse chimique était. Je ne savais pas non plus à quel point c’était courant. On estime que c’est environ 75% des fausses-couches qui sont des grossesses chimiques. Elles peuvent affecter toutes les femmes et ne peuvent pas être évitées. Il n’y a rien de « mal » que tu aies pu faire pour causer une grossesse chimique : ça se produit et a ne discrimine personne.

La société nous donne l'impression à nous les femmes qu'une perte aussi tôt n'est pas vraiment accablante, grave ou dramatique. Et j’imagine que c’est pour cette raison que je n’ai pas envie de crier sur tous les toits que ça ébranle ou que c’est douloureux. Mais, la vérité, c'est que ça l’est. L’incompréhension l’est. Avoir l’impression d’avoir échoué aussi.

Et si les femmes en parlait plus, on pourrait cesser de ressentir de la honte et toutes mieux s’aider. »

Voilà. Ironiquement, je suis tombée enceinte moins de 3 semaines après ma grossesse chimique, sans avoir « essayé ». Moi et mon copain on s’était dit qu’on allait prendre les choses comme elles venaient et ne pas activement « essayer ». Je suis maintenant enceinte de 37 semaines et je ne comprends toujours pas comment c’est arrivé.

Si tu me le demandes, je crois personnellement que ça relève du miracle. Je ne peux pas rationnaliser comment ça pu se produire aussi rapidement.

Si tu demandes à Google par contre, en faisant des recherches, j’ai lu qu’après une grossesse chimique, nos taux de progestérone restaient élevés durant un moment, ce qui pouvait favoriser une deuxième grossesse rapidement après une perte. Qui sait!

Si tu essaies activement de tomber enceinte et que tu vis une grossesse chimique, je veux que tu saches que rien ne cloche avec toi. Que tu n'es pas défectueuse ou incapable. Je veux que tu saches qu’il y a de l’espoir. Que tu n'as pas à arrêter d'espérer. Et surtout, je veux que tu réalises que tu n’es pas seule et que si ça fait mal, tu peux en parler.


Anne-Marie Gobeil

Anne-Marie Gobeil

FONDATRICE - PRÉSIDENTE DIRECTRICE GÉNÉRALE - BLOGGEUSE - COACH BARBELLE

En gros, je suis Barbelle ! Ça y est, la glace est brisée. Je suis entraîneure de formation, athlète et blogueuse de passion. Mon objectif est de rassembler les femmes dans un mouvement qui les fait sentir fortes et confiantes. À bas les stéréotypes : changeons plutôt la définition du mot « fitness ».


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