L'histoire de naissance de Viktor : 27 heures de travail et tous les détails

25 Avril 2019 | Anne-Marie Gobeil

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PARTIE 1 : LES PREMIERS SIGNES…TROMPEURS

La température du dernier vendredi après-midi du mois de mars était ensoleillée et l'air était chaud. Après un avant-midi à travailler sur du contenu pour le blog, c'est l'esprit léger que je me suis lancée à la quête du parfait botillon de printemps. Après tout, à 41 semaines + 1 jour de grossesse, bébé pouvait réellement arriver à tout instant et je n'aurai probablement pas l'opportunité d'aller arpenter les boutiques de sitôt.

Je voulais me gâter un peu et me changer les idées. Après m'être vidé le coeur sur ce que ça faisait de dépasser sa fameuse "date prévue" d'accouchement dans ce blog, j'avais finalement fais la paix avec le fait que bébé arriverait quand IL serait prêt et non pas selon mon calendrier à moi.

La veille, le jeudi soir, je m'étais concocté un entraînement parsemé de corde à sauter, de barbell squat snatch (un mouvement d'haltérophilie) et de squats en espérant aider (en collaboration avec la gravité) bébé à "descendre" dans mon bassin et à mettre de la pression sur mon col. J'avais besoin de bouger, autant faire d'une pierre deux coups!

Je ne le savais pas, mais ce serait la dernière fois que je mettrais les pieds au gym avant la venue de bébé Viktor…

Donc me voilà, vendredi après-midi à la recherche de botillons de printemps qui scande "j'ai 25 ans et je suis définitivement encore stylée" mais qui sont aussi pratiques pour la vie de maman (bye bye talon haut et bonjour confort)...et aussi qui ne coûtent pas les yeux de la tête (parce que les gens qui me connaissent savent que je ne dépense JAMAIS des sommes astronomiques sur des vêtements! Ce n'est juste pas moi, tu sais. Je suis plus du type à sauver mes sous.) Bref, il était à peu près 14h00 quand j'ai réalisé que j'avais ma première vraie contraction.

En fait, c'est faux : j'avais quelques "contractions" de pratique les jours précédents, surtout en fin de soirée. Mais rien de comparable à la contraction que j'ai eu dans l'allée des produits capillaires au Winners. ÇA, ce n'était pas un échauffement ou une fausse alerte : je le sentais!

J’ai rapidement empoigné mon cellulaire au fond de mon sac à main et ouvert mon application de calcul des contractions (vive la technologie!). En tentant de garder mon calme, j’ai continué à arpenter nerveusement les rangées du magasins, sans trop vraiment prêter attention aux chaussures et botillons, en attente de ma prochaine (vraie) contraction.

8 minutes plus tard, une seconde contraction revenait à la charge. Génial! Puis une autre, et une autre…et encore une autre. Après une demi-heure à déambuler dans les allées avec des papillons dans l’estomac, j’ai réalisé qu’elles se rapprochaient (et quoiqu’elles n’étaient pas encore assez intenses au point tel où je devais m’arrêter de marcher et prendre de longues respirations) elles gagnaient cependant en puissance.

Mon application de minuteur de contraction indiquait qu’elles était maintenant à 6 minutes d’intervalle. Je me suis dit qu’il était probablement sage d’abandonner la quête aux botillons et de tranquillement m’en retourner chez moi…tu sais, juste au cas!

En chemin, j’ai appelé mon amoureux :

« Mon amour, je crois que ça y est : j’ai des contractions aux 6 minutes! »
« Je finis mon entraînement dans quelques minutes et je m’en viens immédiatement. », renchérit-il.

Dans nos cours prénataux, on nous avait expliqué que pour un premier bébé, on pouvait s’attendre à ce que le travail se soit entamé pour de vrai quand nos contractions duraient une minute, revenaient toutes les 5 minutes et que ce scénario se répétait durant au moins une heure. À ce stade-ci, pour un premier bébé, on pouvait appeler à la maternité de l’hôpital où on prévoit accoucher et se faire évaluer. J’en était là.

De retour à la masion, j’ai donc  rassemblé nos effets personnels à la vitesse de la lumière. Ce qui me m’angoissait, c’est qu’à cette heure-ci de la journée, il avait fort à parier que nous resterions coincés dans le traffic de l’heure de pointe pour nous rendre à l’hôpital. Je ne voulais surtout pas faire l’erreur d’attendre trop longtemps et que les choses évoluent rapidement. Je veux dire, on a toutes déjà été terrorisée par les histoires de femmes qui donnent naissance dans la voiture, en chemin vers l’hôpital. Du moins, moi ça me terrorisait au plus haut point : dans mon esprit, il valait mieux se présenter à l’hôpital et se faire retourner à la maison plutôt que de risquer accoucher dans la voiture, en plein traffic du vendredi après-midi.

Quand mon amoureux est revenu à la maison, vers 15h30, mes contractions étaient toujours à 5-6 minutes d’intervalle. Un peu fébrile (ok, BEAUCOUP fébrile), j’ai appelé la maternité. L’infirmière au bout du fils ne semblait pas un brin préoccupée par mes contractions : « C’est votre premier enfant, madame, ça risque d’évoluer lentement », me dit-elle, « Mais je vous conseillle tout de même de passer nous voir pour vous faire évaluer, si ça peut vous rassurer ».

Dans la vie, je suis un peu une tête de mule. My way, or no way, comme on dit en anglais. J’y travaille, promis. Bref, toute ma grossesse, j’avais le présentiment que mon accouchement serait fast-and-furious. Que parce que j’étais si en forme, mon corps allait expulser (à défaut de trouver un terme plus approprié) ce bébé tellement facilement. Je veux dire, quand tu restes active, que tu continue à faire des squats lourds et à faire du CrossFit, les gens te regardent et t’innondent de commentaires du genre : « Ah, toi, tu vas voir, 3 poussées et il va être sorti! », « Tu vas avoir un accouchement facile, c’est certain! », « Tu vas faire un Squat, et il va juste sortir! »

Spoiler Alert : ce n’est PAS DU TOUT comment mon accouchement s’est déroulé. Mais nous y reviendront plus tard…

Donc voilà, je suis têtue. D’ailleurs, je pensais aussi que j’accoucherais bien avant ma date prévue (ce qui, rappelons-le, n’est pas du tout arrivé comme je le croyais). Il faut croire que mon intuition n’est pas aussi musclée que mes jambes le sont. Ce vendredi après-midi là, quand les contractions se sont déclenchées, j’avais donc l’impression que ce bébé allait juste TOMBER à tout instant. Il se trouve que ce n’est pas exactement comme ça que ça fonctionne, accoucher.

 

PARTIE 2 : 27 HEURES PLUS TARD

Nous sommes arrêtés prendre un thé avant de nous rendre à l’hôpital. Nous avions réussir à battre le traffic du vendredi après-midi (Fiou! Mon niveau de stress est passé de 11/10 à 3/10) et puisque mes contractions ne s’étaient pas encore rapprochées, nous avons profité du moment pour passer un peu de temps en amoureux, juste nous deux, avant que bébé vienne s’ajouter à notre quotidien.

Mon amoureux riait de moi à chaque fois que j’avais une contraction parce que j’annonçais gaiement « Oh, contraction! », un petit sourire aux lèvres et une voix fébrile. Je te rappelle que moi, je pensais vraiment être en travail actif, parce que je n’avais jamais ressenti de telles crampes. Il faut savoir que je n’ai jamais eu de crmapes menstruelles lors de mes cycles, alors à mes yeux les contractions que j’avais étaient « the real thing » et je pensais honnêtement que puisque je suis relativement tolérante à la douleur, j’avais tout simplement la capacité de train de bien les gérer.

Nous voilà donc franchissant les portes de l’hôpital. Arrivés à la maternité, on nous installe dans une chambre d’observation et on me branche à un moniteur double qui s’enroule autour du ventre et qui mesure l’intensité et la fréquence de mes contractions utérines ainsi que le rythme cardiaque de bébé. Évidemment, dès notre arrivée sur les lieux, mes contractions se mettent à se dissiper et à se distancer. L’infirmière de garde se présente à nous et nous explique gentillement que c’est chose courante de voir le travail ralentir ou stopper complètement lors de l’arrivée à l’hôpital en raison du stress et du changement d’environnement. Elle me tend une jaquette et m’incite à aller marcher sur l’étage durant qune heure ou deux pour ractiver les choses. Ensuite, elle vérifiera ma dilatation pour voir si je progresse.

Je m’attaque alors à la cage d’escalier et je ne chôme pas : je monte et descends les 4 étages à une allure effrénée. Je transpire et j’ai le souffle court, mais je ne m’arrête pas. « Ce soir est notre soirée, bébé Viktor! », je pense à moi-même. À peu près 100 étages plus tard et 1 heure et demi de vigoureux efforts, les contractions sont de retour toutes les 5 minutes. Je m’en retourne donc toute pimpante à la salle d’observation dans l’unité des naissances. L’infirmière vérifie alors mon col et m’annonce, pleine de sympathie : « Je suis désolée, mais tu es à peine dilatée à un centimètre…Et tu sembles encore trop « fraîche » et de bonne humeur pour que ces contractions soient de « vraies » contractions. La chose à faire est de te renvoyer chez toi pour le moment et de laisser les choses se développer tranquillement. »

Malgré toutes ces contractions, mon col n’avait donc pas bougé d’un poil depuis mon dernier rendez-vous médical, deux jours plus tôt? Wow. Avec le recul, mon amoureux et moi réalisons que nous étions un tantinet naïfs de croire que notre petit workout dans la cage d’escalier allait me faire passer de zéro à cent. Le corps ne fonctionne pas sur commande comme ça.

Il était à peu près 19h00 lorsqu’on nous renvoya à la maison. Mais c’est uniquement sur le chemin du retour que les choses se sont vraiment mises en branle…

Mes contractions se sont mises à se faire sentir beaucoup plus intenses. J’avais cette sensation sourde qui m’irradiait soudainement dans le bassin, les hanches et les cuisses. Ce n’était par particulièrement douloureux, mais tout simplement différent et plus puissant comme sensation.


De retour chez nous, elles ont véritablement commencé à faire des siennes : elles étaient maintenant à 3 minutes d’intervalle et il était impossible pour moi de parler ou de bouger durant celles-ci. Je devais m’appuyer contre un meuble ou un mur et respirer profondément et longuement pour m’aider à les gérer. Encore une fois, je ne qualiferais pas ces contractions comme étant douloureuse, mais plutôt comme une sensation puissante comme une onde de choc dans tout mon bassin. Après deux douches bouillantes pour m’apaiser et quelques heures en contraction de plus écoulées, nous avons donc décidé de retourner nous faire évaluer à l’hôpital.

Il était minuit et demi quand qu’une seconde infirmière qui nous rencontra sur place m’évalua et me répondit (encore une fois avec beaucoup d’empathie et de douceur) que mes contractions étaient « inefficaces » puisque mon col était toujours dilaté à un seul minuscule petit centimètre. Sa théorie? Bébé n’était pas encore assez engagé pour pousser adéquatement sur le col et le faire ouvrir. Parce que ça faisait maintenant près de 8 heures que j’avais des contractions et que je n’avais pas mangé ni fermé l’oeil en raison de celles-ci, je me mis à pleurer doucement de découragement et de fatigue.

« Si vous me renvoyer chez moi, pouvez-vous au moins me donner quelque chose pour dormir? Comment je ferai pour dormir? Je dois vraiment dormir, surtout si les choses devaient évoluer rapidement. Je dois conserver mes forces. », suppliais-je, les yeux ruisselants.

« Nous allons te prescrire un médicament qui t’aidera à t’assoupir. Évidemment, ça ne réduit pas la douleur des contractions, mais tu pourras probablement relaxer un peu », répondit l’infirmière.

Normalement, je suis le type de personne qui se tient loin des médicaments (je n’ose même pas prendre d’Advil quand j’ai mal à la tête!), mais j’étais si épuisée que cette fois, je n’y ai pas pensé à deux fois. Je pris les médicaments sur place et je me sentis immédiatement un peu moins démunie. D’une part, j’étais perplexe que mon corps ne fasse pas « ce qu’il était censé faire », mais d’un autre côté, je voulais vraiment voir les choses de façon optimiste en me disant que tout ce qui vaut la peine dans la vie prend du TEMPS.

Même si mon sommeil fut interrompu par de nombreuses contractions, le médicament fit son effet : je me sentais (heureusement) un peu asomée et dans les vappes, juste assez pour m’assoupir entre celles-ci. La nuit fut courte, mais au moins, j’ai pu récupérer un peu. À mon réveil, mes contractions avait ralenti et étaient maintenant aux 10 minutes. Dès que je me suis activée, par contre, elles ont rapidement repris du rythme pour revenir toutes les 5 minutes, comme la veille. Ce samedi matin-là, nous avions un rendez-vous médical de suivi planifié. Après 41 semaines de grossesse, on nous a recommandé de passer une batterie de tests incluant une échographie et du moniteur toutes les 48 heures pour être assurés que bébé allait bien, que le placenta était toujours fonctionnel et que le niveau de liquide amniotique était adéquat. Advenant que bébé était moindrement incommodé par son environnement, on parlerait de déclencher le travail. Sinon, on attendrait quelques jours encore que les choses démarrent naturellement.

Nous nous sommes donc rendus à l’hôpital (à nouveau!) pour 9h00 tapante le samedi matin. Le rendez-vous pris place sans rebondissements : bébé allait très bien, le placenta était toujours en bon état et le niveau de liquide était optimal. Pas d’inquiétudes à avoir : bébé arriverait probablement de son plein gré le bon moment venu. Avant que la gynécologue m’examine, je m’empressai de lui laisser savoir que si jamais au grand jamais j’étais dilatée à plus d’un centimètre, je voulais ABSOLUMENT qu’elle me fasse un stripping (aka, un décollement des membranes et de la paroi utérine qui peut avoir comme effet de relâcher certaines hormones qui stimulent le travail). Je sais que ce ne sont que des anecdotes et non des faits, mais énormément de femmes dans mon entourage m’ont confié que le stripping était l’élément CLÉ qui avait donné le coup d’envoi è leur accouchement. Jusqu’à présent, je n’étais pas assez dilatée pour pouvoir en recevoir un, et si l’occasion se présentait aujourd’hui, je voulais la saisir bien fermement à deux mains!

« Je dois te laisser savoir que si je te fais un stripping et que tu accouches dans les prochaines 24 heures, nous sommes en manque de personnel ici, en salle d’accouchement. Ceci veut dire que même si tu as choisi cet hôpital pour accoucher, advenant que tu te présentes plus tard en plein travail, il y a une forte possibilité que tu sois transférée ailleurs. » me répond la gynécologue.

À ce stade-ci, pour être franche, je m’en foutais royalement : « Aucun problème. Procédons. », je renchéris.

« Bonne nouvelle », me lance la gynéco, « Tu es dilatée à 2 centimètres! »

« Yé! », que je rétorque un peu trop gaïement pour la position mailaisante dans laquelle je me trouve.

La gynéco fait ce qu’elle a à faire et voilà, c’est fini. Ouf, ça…surprend un stripping, n’est-ce pas?  Bref, maintenant, je pourrai dire qu’on aura réellement tout essayé.

Nous rentrons à la maison. Il est maintenant presque midi. Suite au stripping, je sens que les contractions prennent du momentum. Elles sont plus profondes, plus intenses et plus longues. Contrairement à la veille, je ne sautille pas d’excitation à la venue de chaque contraction. Plutôt, je prends de bruyantes respirations, je gémis et grogne telle une femme des cavernes.

Je dois m’accroupir, me pencher, m’appuyer sur quelque chose. Mon amoureux, parfait sur toute la ligne, me voit spiraler et devenir blême : il empoigne mes mains, me serre fort, enfonce ses pouces dans mes cuisses pour engourdir le mal et me commande de respirer avec lui. Il me guide dans chacune de mes contractions, les unes après les autres, encore et encore. C’est vrai que les contractions sont comme des vagues. Avec lui, je me sens capable et forte. Il le sait et ne me lâche pas.

Les minutes de repos s’envolent et les contractions prennent tout l’espace. Quelle heure est-il? J’oublie de calculer mes contractions, ou plutôt, je choisis d’investir mes secondes pour me concentrer et reprendre des forces.

« On devrait aller à l’hôpital », je murmure. « S’il te plaît », je supplie.

« Pas encore, tu es capable de continuer. Tu ne vas pas le regretter. », me répond mon amour.

On lutte encore pour une heure ou deux. J’ai besoin d’eau. Je me lève vivement et empoigne ma bouteille d’eau. Mes mains manquent de tonus et celle-ci s’écrase au sol avant que j’aie pu porté mes lèvres au goulot. Mon corps est entièrement dévoué à une seule et unique tâche : donner naissance à ce bébé.

Il est près de 17h00 quand mon amoureux, témoin de la scène, attrape les clés de la voiture et nos affaires.

« On y va, maintenant. »

Aurons-nous Viktor dans nos bras d’ici minuit ce soir?

 

PARTIE 3 : MON PREMIER VOYAGE EN AMBULANCE

« Tu es maintenant à presque 3 centimètres. », me dit l’infirmière avec un sourire.

J’esquisse un sourire de soulagement en retour. Au moins, cette fois, les choses évoluent…un peu.

« C’est du progrès depuis ta dernière visite ce matin, mais il te faudra progresser un peu plus dans la prochaine heure pour être admise. Aimerais-tu prendre un bain? Ça peut aider à activer le processus.», continue-t-elle.

Are you kidding me? Ça fait 9 mois que j’attends avec impatience le moment où je pourrai à nouveau prendre un bain CHAUD (étant enceinte, on doit éviter de s’immerger dans un bain trop chaud qui pourrait compromettre notre température corporelle et affecter négativement bébé).

« Avec JOIE. » je rétorque.

J’enfile mon maillot de bain et je file tout droit vers la petite salle fermée où le grand bain à remous est rempli. À l’intérieur de la pièce un diffuseur d’huiles essentielles marche rempli l’espace d’un arôme relaxant. Je zen-out alors que les remous du bain endorment quelque peu les contractions qui déferlent maintenant sur moi telles de puissantes vagues à toutes les 3 minutes. Mon amoureux, toujours à mes côtés, est visiblement épuisé lui aussi. Il part se chercher un petit encas le temps que je relaxe dans le bain. Le temps passe trop vite et je ne veux plus sortir. Je prie pour qu’aucune autre patiente ne veule utiliser le bain et mes voeux sont excaucés : à la fin du chronomètre calibré pour 20 minutes de trempette dans le bain, une infirmière cogne à la porte :

« Désires-tu que je rallume les remous pour une deuxième tranche de 20 minutes? »

Merci JÉSUS.

« Wow, oui. » je laisse échapper.

Dans le bain, les contractions semblent s’intensifier, mais je les tolère un peu mieux. Je sens surtout la sensation d’irradation qui accompagne chaque contraction dans mes hanches, mon dos et mes cuisses, mais l’eau chaude aide. Surtout, j’ai enfin l’opportunité de relaxer et de me retrouver seule pour reprendre mes esprits. Dans la vie, je suis une introvertie et j’ai besoin de ces moments de solitude et de quiétude pour recharger mes batteries.

Je finis par sortir du bain. Ça fait près d’une heure que j’y suis et je dois me faire ré-évaluer. Alors que je me hisse hors de la baignoire, que je me sèche et que je revêtis ma jaquette d’hôpital et mes chaussettes, je sens mon corps palpiter dans ma poitrine. J’espère VRAIMENT que cette fois est la bonne. Que ce n’est pas une fausse alerte et que les choses évoluent réellement.

« Faites que ça soit la bonne », je pense.

« Tu es maintenant à 4 centimètres! » m’annonce l’infirmière. « C’est un centimètre de plus qu’il y a une heure, c’est une excellente nouvelle! »

Nul besoin de te dire que je jubile!

« La mauvaise nouvelle » , poursuit l’infirmière, « c’est que nous sommes en sévère manque de personnel cette nuit. Nous allons devoir te transférer en ambulance ailleurs. » Il paraît que c’est quelque chose de super rare, alors ne t’inquiète pas, ce qui m’est arrivé n’est vraiment pas pratique courante.

Mais parle d’un stress! Je tente du mieux que je le peux de ravaler mes larmes d’anxiété et de frustration alors que j’articule : « Ok…et est-ce que j’ai droit à l’épidurale avant de partir? Au cas où les choses évoluent vite. »

À ce moment-là ma PIRE crainte était de devoir accoucher dans l’ambulance, évidemment, mais j’avais aussi très peur de me retrouver dilatée à 8 centimètre et de devoir endurer le trajet d’ambulance, attachée à une civière sans pouvoir bouger.

« Non, malheureusement, on ne peut pas traîner l’épidurale avec nous. Tu pourras la demander à ton arrivée à un autre hôpitale », répond l’infirmière, « Je vais aller préparer la paperasse pour ton transfers. »

Les 20 minutes suivantes furent péniblement longues, d’une part parce que les contractions devenaient de plus en plus brutales, mais surtout parce que j’étais incroyablement nerveuse. Dans ma vie, je suis habituée d’être en contrôle de presque tout en passant par mon emploi du temps, mon travail et mon corps, mais la situation actuelle me plongeait dans un néant d’incertude.  Je me sentais dépassée et insécure, ce qui a inévitablement affecté mon mental et ébranlé la force dont j’avais encore besoin pour affronter les contractions.

Heureusement que mon homme, mon roc, était à mes côtés, toujours aussi présent d’esprit et de corps à chaque contraction…qui se rapprochaient dangereusement.

Les ambulanciers ont fini par arriver sur les lieux. Mes souvenirs sont un peu flous, parce que dans le feu de l’action, en travail actif, je n’étais pas super consciente de mon environnement, de ce qui se passait ou bien des gens autour de moi. Tu es juste dans le feu de l’action et concentrée à gérer tes contractions. Je sais juste qu’on m’a installé sur une civière et roulée jusqu’à l’ambulance.

On m’a installée à l’arrière avec une infirmière et une ambulancière. Mon amoureux devait prendre place à l’avant. Et en route nous étions. Le trajet dura 25 minutes, parsemé de plus d’un nid de poule et d’au moins 6 ou 7 contractions.  Crois-moi, ces deux composantes ne vont pas bien ensemble, surtout attachée sur une civière.

 

PARTIE 4 : « NON, JE NE VEUX PLUS LE FAIRE NATURELLEMENT! »

Arrivée au second hôpital, on m’attitre une chambre d’accouchement. Nous y sommes : le stress descend, mais les contractions continuent de plus bel. Une infirmière pénètre dans la chambre pour nous poser des questions relatives à notre admission. Je suis occupée à respirer profondément, accroupie par dessus le lit, pour passer au travers de mes contractions. Je pousse des bruits primitifs du genre « Ouuuuh » et « Ahhhhh » sans vraiment m’en rendre compte.

« Tu as l’air de vraiment bien gérer tes contractions, tu respires super bien! », me lance l’infirmière, « Avais-tu planifié accoucher naturellement? Parce que tu es une bonne candidate! »

« Non! », j’articule entre deux respirations guturales, « Je veux une épidurale…pas tout de suite, mais bientôt.»

Je voulais vraiment repousser l’utilisation de l’épidurale pour ne pas ralentir le travail. Au départ, j’aurais vraiment aimé essayer d’accoucher naturellement, sans médicaments. Mais, après 27 heures de travail, presque pas de nourriture et peu de sommeil, j’étais crevée. Je me dis,  avec le recul, que j’ai bien fait de ne pas continuer à lutter, par égo, parce qu’honnêtement, l’épidurale m’a permis de vraiment vivre ce beau moment à fond en absorbant chacun des détails.

Une heure trente après notre arrivée au deuxième hôpital, j’ai demandé l’épidurale. L’anasthésise est arrivée peu de temps après.

Je sais qu’il y a des femmes qui racontent que l’épidurale est douloureuse, mais crois-moi, ce n’était RIEN. Rien en comparaison aux contractions, du moins. J’étais heureuse comme une enfant le matin de Noël alors que l’anasthésiste s’activait à la tâche. J’allais enfin avoir un peu de répit et reprendre des forces. Sérieusement, je n’ai jamais été aussi enthousiaste à l’idée de me faire insérer une aiguille dans le dos. Tellement que j’ai lancé à l’anasthésiste :


« Wow, c’est rapide, je ne sens déjà plus rien! »

« Je n’ai pas encore fait que que ce soit… » elle me répond.

Mon amoureux n’a évidemment pas pu s’empêcher de rire de moi. #EffetPlacebo

Une fois l’épidurale (bel et bien) installée, je plane. J’ai l’impression de revivre, et je réussis même à m’assoupir un peu. Vivement la médecine moderne, je pense à moi-même. Et l’épidurale, pour celles qui n’en ont jamais eu, n’est pas une paralysie temporaire du bas du corps. Je pouvais encore très bien bouger mes jambes, mes orteils et ressentir la « pression » des contractions, juste pas la douleur.


L’infirmière de nuit vient se présenter à nous et m’examine. Après avoir reçu l’épidurale, il est normal que le travail ralentisse un peu, et dans mon cas, c’est exactement ce qui se passe. Les contractions s’espacent et mon col est toujours à 5 centimètres. Afin de fair ebouger les choses, la médecin décide de crever mes eaux avant de considérer l’usgae de pitocin, un « stimulateur » pour les contractions. Ça fonctionne! Le travail reprend!

Je réalise que le côté gauche de mon corps commence à « dégeler ».  Je sens vivement les contractions dans mon abdomen, ma hanche et ma jambe. Prise de panique, j’appuie sur le bouton rouge à côté de mon lit et J’explique à l’infirmière que je crois manquer de médicament. Elle me rassure et me laisse savoir que c’est chose fréquente et qu’en me tournant sur mon flanc gauche, tout devrait se rebalancer en quelques minutes.

Fiou! Ça marche. Je suis sauvée!

Il est près de 2 heures du matin et j’ai sommeil. Je m’endors une heure ou deux. Mon pauvre amoureux, qui n’a pas d’endroit confortable où dormir et qui est transis de froid (alors que moi, je transpire abondamment), roule son manteau en boule en guise d’oreiller et s’étand sur le sol de la chambre d’accouchement, à côté de mon lit.

Alors que je suis emportée dans les bras de Morphée, une vague de gratitude déferle sur moi. Je te l’ai dit : je plane.



PARTIE 5 : « OH MON DIEU, J’AI EU UN BÉBÉ »

« Tu es maintenant totalement dilatée! 10 centimètres! » me dit l’infirmière, emballée.

Si je pouvais sautiller de joie, je le ferais! Il est maintenant 5 heures du matin et bébé Viktor est tout près.

« Nous allons laisser le bébé s’engager un peu plus et descendre dans ton bassin durant une heure », renchérit-elle, « Ensuite, ce sera le temps de pousser. »

C’est durant cette heure-là que les contractions se sont mises à devenir bien plus fortes. Si fortes que je les sentais, malgré mon épidurale. Je devais respirer et fermer mes yeux au travers de chacune d’entre elles alors que je sentais comme une chaleur intense irradier mon bassin et mes hanches. J’imagine que c’était la pression de la tête de bébé qui produisait cette sensation si intense. L’avantage, c’est que je pouvais sentir quand une contraction s’annonçait et pousser avec celle-ci.

J’avoue qu’avant de vivre l’accouchement, ma plus grande peur était la phase de poussée. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est cette partie de tout le processus qui m’angoissais le plus ; probablement parce que je ne savais pas à quoi m’attendre et que les scènes de film qui montrent un accouchement ne sont pas exactement fidèles à la réalité. J’avais aussi l’évidente criante de déchirer au moment de la poussée…

Cependant, quand le moment de pousser fut venu, toutes mes craintes se sont envolées. C’est un moment où je me suis sentie puissante et comme si une force incomensurable m’animait. Pousser était incroyablement satisfaisant et motivant!

Principalement, comment ça fonctionne, c’est qu’à chaque nouvelle contraction qui s’amorce, tu es invitée à pousser avec celle-ci. Et c’est fascinant, parce qu’à partir du moment où tu pousses de concert avec ta contraction, la douleur de cele-ci s’évapore. À chaque contraction je fermais les yeux et je poussais durant 10 secondes, 3 fois. C'était un peu comme passer au travers d'un entraînement et je savais qu'en restant concentrée, confiante et en puisant chaque once de force en moi,  j'étais capable de franchir à la ligne d'arriver

Il était à peu près 6h00 du matin lorsque j'ai commencé à pousser. Même si j'ai poussé durant une heure, ça passé en une fraction de secondes dans mon esprit. J'ai été vraiment heureuse d'avoir mis de l'avant ma santé et d'avoir conservé la forme durant ma grossesse, parce que mon endurance m'a réellement bénéficier durant les poussées : je ne me sentais pas fatiguée et j'aurais pu continuer durant des heures! 

À 7h11, Viktor est né. Je me souviens vivement le moment où on l'a déposé sur ma poitrine. Il hurlait à pleins poumons et il était absolument parfait. Ce moment-là est le seul dont je me souviens clairement et je le ferai jouer des milliers et milliers de fois dans ma tête, jusqu'à la fin de ma vie.

J'ai déchiré légèrement, au deuxième degré, mais honnêtement, je n'ai rien senti durant ni après quand la médecin me faisait des points de souture. Même en terme de récupération, une déchirure mineure n'est inconfortable que durant quelques jours, mais ce n'est pas la mer à boire.

Même si mon accouchement ne s'est pas déroulé comme je l'avais imaginé, je n'en retire que du positif. C'était une expérience absolument surréelle qui remet réellement toute ta vie en perspective. J'ai un respect renouvellé pour mon corps de femme et pour ce qu'il a le pouvoir et le potentiel d'accomplir. Plus jamais je ne le regarderai de la même façon.

Dans les grandes lignes, à quoi ressemblait ton accouchement?

 


Anne-Marie Gobeil

Anne-Marie Gobeil

FONDATRICE - PRÉSIDENTE DIRECTRICE GÉNÉRALE - BLOGGEUSE - COACH BARBELLE

En gros, je suis Barbelle ! Ça y est, la glace est brisée. Je suis entraîneure de formation, athlète et blogueuse de passion. Mon objectif est de rassembler les femmes dans un mouvement qui les fait sentir fortes et confiantes. À bas les stéréotypes : changeons plutôt la définition du mot « fitness ».


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